2007, première présentation du plus vieux laboratoire photo du monde (1840-1855)

Près de Chalon-sur-Saône

Un tour de clé et une porte s’est ouverte sur un passé vieux de 152 ans. Un laboratoire de l’un des tout premiers photographes au monde vient d’être redécouvert. Intact

C’est en 1840 que Joseph Fortuné Petiot-Groffier ouvre son laboratoire. Il s’en servira jusqu’en 1855 et décédera mystérieusement, probablement à cause des chimies photographiques. Prudemment, les héritiers fermèrent la porte.
De génération en génération, la demeure des environs de Chalon est restée occupée mais cette pièce restait close sans pourtant être totalement oubliée. Car la famille a toujours eu conscience de conserver ainsi un trésor mais qui restait soigneusement bouclé à double tour derrière sa porte en bois, au deuxième étage – désormais inoccupé – de l’habitation.
Il y a deux ans, le dernier membre de la famille hérite à son tour de la demeure et c’est là qu’il découvre le trésor. Mais il lui faudra deux ans pour déterminer à qui il choisira de la confier, soucieux de le préserver complet, de ne pas le disperser.
C’est ainsi qu’en début d’année, il décide de contacter Pierre-Yves Mahé, l’initiateur de la Maison Nicéphore Niépce, à Saint-Loup de Varennes. « J’ai quelque chose à vous montrer », glisse-t-il. Pierre-Yves Mahé veut venir voir sur place la réalité de cette découverte sans deviner un instant ce qui l’attend.
« Je n’attache pas une importance colossale à cette annonce au départ », confie M. Mahé qui a déjà vu des promesses de découvertes sensationnelles se révéler finalement bien banales.
Pourtant, quand la fameuse porte s’ouvre enfin devant lui, c’est un monde oublié qui apparaît. Un laboratoire complet, intact, tel que l’avait laissé son utilisateur juste avant sa mort en 1855 et laissé en l’état depuis. « Ce fut un instant grisant, on ne sait plus où regarder il y avait des centaines de bouteilles de chimie, souvent pleines, des centaines d’ouvrages, des objets partout dont plusieurs appareils permettant de réaliser des images selon les deux premiers procédés photographiques, le Daguerréotype et le Collodion ».
Et pour lui qui s’investit depuis 1999 dans son projet de Maison Nicéphore Niépce, c’est aussitôt des réponses instantanées à des questions qu’il se pose, des perspectives de recherches. « Tout se bouscule dans la tête en un seul instant ».
Dans l’émotion du moment, une pensée surgit : « et si tout ceci brûlait demain, je m’en voudrais toute ma vie ». Alors Pierre-Yves Mahé photographie. Tout. De façon désordonnée. « Il y avait urgence à sauver quelque chose ».
Le choc de la découverte passé, les responsables de la Maison Nicéphore Niépce, Pierre-Yves Mahé mais aussi Jean-Louis Marignier, Michèle Lourseau, entament l’inventaire complet de ce trésor qui n’en a pas fini de livrer tous ses secrets. « Nous en avons pour plusieurs mois d’études », estime aujourd’hui M. Mahé. Jamais a priori, une telle quantité de chimie d’époque n’avait en effet été retrouvée, plus de 300 flacons encore pleins dont bon nombre encore cachetés. Associé à cela, plus de 400 livres antérieurs aux années 1830 contenant tout le savoir de l’époque sur lequel un photographe pouvait s’appuyer. Bien sûr, tous les accessoires nécessaires à la réalisation de Daguerréotypes et Collodion y sont au complet.
Grâce à ce prodigieux bond dans le temps qu’une ouverture de porte vient de lui faire effectuer, ce laboratoire et les résultats des recherches seront présentés dans la Maison Nicéphore Niépce à Saint-Loup de Varennes, en plein cœur du territoire de naissance de l’aventure photographique. Définitivement bourguignon.

C. Saulnier